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Retour sur la rencontre avec Adélaïde Bon - masterclass du M1 RCL

le 12 mars 2026

Jeudi 12 mars 2026
Institut d'études culturelles et internationales
47 boulevard Vauban 78280 Guyancourt

Retour sur la rencontre avec Adélaïde Bon dans le cadre de la masterclass du M1 Recherche et Création Littéraire

Les étudiant·es du Master 1 RCL ont rencontré Adélaïde Bon, comédienne, romancière et essayiste, pour un premier temps d’échange, puis un atelier d’écriture.


Autrice, comédienne et militante féministe, Adélaïde Bon venait nous présenter son premier livre, La Petite fille sur la banquise, récit qui est cette année adapté au théâtre par Pauline Bureau, sous le titre Entre parenthèse, spectacle que nous irons voir au Théâtre national de la Colline le 12 avril 2026.

Dans ce récit, Adélaïde Bon décrit les conséquences traumatiques d’un viol subi enfant. Elle explique son choix du « récit » pour le distinguer d’une part de l’ « autofiction » – elle insiste sur l’importance pour elle de ne rien inventer, de n’introduire aucune fiction dans ce texte – et d’autre part, de l’ « autobiographie » : en décrivant le viol, ses conséquences traumatiques et le procès qui a suivi, l’autrice ne retient que certains éléments de sa vie, éclairés par une focale très précise. Enfin, raconter cet événement et ses conséquences suppose aussi un élargissement, notamment dans la description qui est faite du procès, mais également dans la portée du récit, celui de donner des mots et des explications à d’autres. Ainsi, ce texte relie enjeux intimes et politiques. Adélaïde Bon manifeste en outre constamment un souci du ou de la destinataire, ce qu’elle appelle une éthique de la lecture : elle nous confie son souci de ménager son lecteur ou sa lectrice en indiquant typographiquement les passages difficiles par exemple, mais aussi son désir de prendre soin de ceux et celles dont elle parle dans son livre.

Son entrée en littérature va donc de pair avec un intérêt fort pour la transmission du mot juste. Cet événement traumatique a en effet mis en évidence le fait que des mots mentent, que des mots manquent, et le long travail de réparation ou de résilience a nécessité de trouver des mots pour dire, pour comprendre et conceptualiser, comme la définition juridique du mot « viol » par exemple. Adélaïde Bon perçoit son travail d’autrice comme un maillon dans un mouvement plus général qui dépasse l’individu : de fait, si elle a réussi à écrire ce premier livre, c’est en partie grâce à un travail au sein d’un atelier d’écriture à partir des mots d’une autre, et cette année, son texte est en train de nourrir la création d’une dramaturge.
Cette dimension collective est centrale dans le travail de l’autrice, qui a aussi écrit un essai à six mains, Par delà l’androcène (Paris, Seuil, 2022). Elle vient également de faire paraitre un gros recueil collectif qu’elle a co-dirigé, Sous nos regards, Récits de la violence pornographique (Paris, Seuil, 2025). Et elle co-dirige une compagnie pour laquelle elle joue et co-adapte Un lieu à soi de Virginia Woolf. Enfin, elle vient de publier un roman, Puisque l’eau monte, dans lequel elle interroge les rapports de transmission transgenerationnelles, les violences intimes et la question de l’avortement.

Lors de cette rencontre, elle a souligné l’intérêt pour elle d’écrire sous différentes formes, la distinction notamment entre l’écriture de l’essai, plus affirmative, et la forme romanesque, plus ambiguë et nuancée, la question de l’intime dans le récit et le roman qui se cristallise pour elle en partie autour de l’utilisation des pronoms, et enfin le travail d’adaptation de son récit à la scène et la place un peu particulière qu’elle occupe dans cette création. L’atelier d’écriture a permis d’explorer l’importance des mots des autres dans la création, mais également le travail du portrait à une certaine distance.